L’adoption de la Recommandation 39 du CEDAW, un bastion dans la promotion des droits humains des femmes autochtones.

Avec la conviction qu’un travail coordonné aux niveaux local, régional, national et international sera la clé de la mise en œuvre de la Recommandation 39 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) sur les Femmes et les Filles autochtones. Dans ce cadre, un panel de discussion a été organisé par le Forum international des Femmes autochtones (FIMI), MADRE et Indigenous Peoples Rights International (IPRI) et les réseaux régionaux de Femmes autochtones.

Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, a fait remarquer que des générations entières de Femmes autochtones ont participé activement, du local au mondial. Cela a conduit à l’adoption de la Recommandation générale 39.

En introduisant la cérémonie de bienvenue, Mme Zapeta a offert la lumière sacrée pour tous nos ancêtres : « principalement à toutes les Filles et Femmes autochtones qui ont offert leur vie pour tracer ce chemin. Nous honorons leur  parcours et leur existence. »

Tarcila Rivera Zea, éminente militante quechua et coordonnatrice du Réseau continental des Femmes autochtones des Amériques, en plus d’être Présidente de Chirapaq et du FIMI, a mentionné la coordination et le travail conjoint pour atteindre des objectifs communs comme des actions importantes.

Elle a noté que le processus remonte à 40 ans, en rappelant la recommandation de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones (IPQA – UNPFII) en 2004. Cette recommandation demanda au Comité CEDAW d’inclure les femmes autochtones dans leurs particularités, et fut réitéré en 2019. De plus, Mme Rivera Zea a considéré que le plus important est que toutes les femmes du monde en fassent et se sentent partie prenante. 

« Il est important qu’ensemble nous célébrions l’approbation de cette Recommandation générale, laissant le grand défi de sa mise en œuvre dans le scénario national ».

Joan Carling, militante autochtone de la Cordillera aux Philippines et directrice générale de l’IPRI, a noté qu’il a fallu plus de 15 ans au CEDAW pour discuter d’une recommandation sur les droits des Femmes et des Filles autochtones. Elle a souligné que la participation des femmes des sept régions du monde au processus démontre la nécessité d’une reconnaissance de leurs droits individuels et collectifs et que ceux-ci sont indivisibles. Elle a également souligné que la Recommandation 39 devrait inclure des mécanismes de responsabilisation pour les violations des droits de l’homme.

« Le travail du CEDAW a été fondamental pour comprendre la non-discrimination des Femmes et des Filles autochtones. Pour sa part, la Recommandation 39 est un jalon pour comprendre les obligations des États dans la protection effective, le caractère intersectionnel et la reconnaissance des Femmes autochtones dans toute leur diversité », a souligné Mme Leonor Zalabata, membre du Peuple Arhuaco de Colombie et première ambassadrice autochtone auprès des Nations Unies (ONU). 

Mme Zalabata a également parlé de la valeur du respect du droit au consentement préalable, libre et éclairé dans les politiques liées à l’environnement. Elle s’est félicitée du fait que dans le processus d’adoption de la recommandation, les Femmes et les Filles autochtones soient reconnues comme des leaders et des agentes de transformation qui ont le droit d’être entendues. Elle a souligné que le processus est le résultat du travail des organisations de femmes « liées à la terre et aux besoins de nos peuples ».

Margaretha Karlberg Uttjek, universitaire sami, a convenu de la nécessité de mettre en œuvre les droits des Femmes et des Filles autochtones aux niveaux local, régional et national, en mettant l’accent sur les droits collectifs. Mme Karlberg a évoqué la nécessité de prendre en compte le consentement préalable, libre et éclairé dans la Recommandation 39. Elle a noté l’importance d’inclure des perspectives intersectionnelles, d’intégrer des histoires et des expériences dans la recommandation, ainsi que dans sa mise en œuvre à tous les niveaux. Malgré le fait que dans les sociétés coloniales les savoirs ancestraux sont discrédités.

La Recommandation 39 est également un instrument pour éduquer le reste de la population, a déclaré Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI, fondatrice et cofondatrice de divers réseaux autochtones. La discrimination subie dans les communautés autochtones provient de distincts fronts et a des impacts différents. 

Mme Mulenkei a souligné l’importance de poursuivre le débat et la promotion des droits des Femmes et des Filles autochtones. Elle a appelé à l’utilisation de la Recommandation 39 comme un outil qui doit être compris par les communautés autochtones. Elle a également mentionné sa valeur en tant qu’instrument d’inclusion des Femmes autochtones dans les espaces décisionnels tels que les Nations Unies et le secteur privé. « Souvent, quand ils nous regardent, ils pensent que nous n’avons pas les compétences, mais si, nous en avons. En tant que femmes autochtones, nous allons plus loin et nous devons travailler ensemble », a-t-elle affirmé. 

Sonia Gutiérrez, avocate guatémaltèque, politicienne et défenseure des droits humains autochtones, a souligné l’importance de la Recommandation 39 en tant qu’instrument global pour faire progresser les droits, et a souligné qu’il s’agissait d’un outil spécifique des Femmes et des Filles autochtones. 

Pour une mise en œuvre efficace, Mme Gutiérrez a recommandé : de tenir compte du fait qu’il s’agit d’un bastion, d’un outil spécifique dans la promotion des droits humains en tant que Femmes et Filles autochtones ; que nous devons nous approprier cet outil construit à partir des femmes ; qu’une plus grande articulation devra être atteinte vers un plan d’action permettant la mise en œuvre des actions ; et que l’outil est aussi une source d’inspiration pour renforcer notre travail et revendiquer nos droits.

Les expertes ont appelé toutes les Femmes et Filles autochtones à être attentives aux processus de mise en œuvre de la Recommandation 39, qui fut approuvée le 26 octobre 2022. Elles les ont également invités à participer avec espoir et force à la coordination qui s’établit pour la pleine réalisation de leurs droits humains.

*Pour plus d’informations sur la Recommandation générale 39, visitez : https://cedaw.fimi-iiwf.org. 

https://www.ohchr.org/en/documents/general-comments-and-recommendations/general-recommendation-no39-2022-rights-indigeneous

CEDAW POUR LES FEMMES ET LES FILLES AUTOCHTONES: COMBLER LES ÉCARTS

Dans toute notre diversité d’identités, nous, les femmes, apportons nos contributions au monde. Il convient cependant de souligner les inégalités dont souffrent les femmes autochtones en particulier, comme le manque d’accès aux opportunités éducatives, économiques et sociales. Les peuples autochtones représentent 6,2 % de la population mondiale (OIT, 2019), mais constituent 15 % des personnes les plus pauvres de la planète (UNPFII, 2020)1. La récente Étude mondiale sur la situation des femmes et des filles autochtones, produite dans le cadre du 25e anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Beijing, démontre que les femmes autochtones se trouvent systématiquement au bas de tous les indicateurs sociaux et économiques.2

Dans ce contexte, il est nécessaire d’adopter des mesures culturellement adéquates pour protéger nos droits, en tenant compte des facteurs particuliers qui nous empêchent d’exercer pleinement nos droits. Les instruments internationaux se doivent ainsi d’offrir des réponses spécifiques pour aborder les difficultés qui nous guettent et garantir l’accès à l’égalité des chances. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW pour son acronyme anglais) est un exemple d’un tel instrument, obligeant les États parties à prendre des mesures pour respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits des femmes et des filles en toutes circonstances. Il est important de souligner que cette Convention est un instrument juridiquement contraignant, c’est-à-dire que les États qui adhèrent à cette convention sont tenus de se conformer à ses dispositions. 

Dans un monde où les femmes, dans toute notre diversité, souffrons de profondes inégalités, cet instrument a une importance particulière pour nos vies. Cependant, la CEDAW ne reconnaît pas spécifiquement les femmes et les filles autochtones comme détentrices de droits individuels et collectifs. Cela signifie que la Convention n’offre pas une protection adéquate contre les multiples discriminations auxquelles nous faisons face. 

Dans notre conception du monde, nous sommes connectées à la Terre Mère. Nous résistons à la discrimination et à la violence et les combattons non seulement en tant que femmes individuelles, mais en tant qu’êtres collectifs, intrinsèquement liés à nos peuples pour former un tout. C’est pourquoi nous nous sommes donné la tâche de mener des efforts de plaidoyer auprès des espaces décisionnels, afin de transformer les inégalités et injustices qui minent notre quotidien. 

Pour mener à bien ce processus, il a été nécessaire de fédérer nos efforts à travers des dialogues entre femmes leaders, organisations de femmes autochtones et organisations alliées de la société civile, ainsi que de persévérer dans le temps. Il s’agit là d’un labeur stratégique pour améliorer la vie de 186 millions de filles et de femmes autochtones, et ce n’est que collectivement que nous pouvons le réaliser.

Nous avons commencé à combler les écarts. Aujourd’hui, nous avons la force du vent en notre faveur. Chères sœurs, c’est sans perdre le rythme vif et assuré de nos pas que le FIMI, les réseaux régionaux de femmes autochtones et MADRE vous invitent à rejoindre la Campagne CEDAW pour les femmes et les filles autochtones. Cette initiative est le fruit de ce que nous avons semé plus tôt et a besoin de notre énergie pour pousser la Commission de la CEDAW à l’adopter formellement une recommandation générale pour les femmes et les filles autochtones en 2022. Ensemble, nous sommes plus fortes et pouvons donner vie à un monde sans racisme ni discrimination!  

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Application de la Convention 169 de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux : Pour un avenir inclusif, durable et juste, Organisation internationale du travail, 2019 

2 Étude mondiale sur la situation des femmes et des filles autochtones produite dans le cadre du 25e anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Beijing, FIMI, 2020

MARCHER ENSEMBLE VERS LE CHANGEMENT

À l’occasion de l’événement virtuel « Marcher ensemble vers le changement », des Femmes leaders autochtones de différentes régions du monde ont partagé des stratégies et des propositions clés afin que leurs voix, leurs points de vue et leurs demandes soient affirmés dans une recommandation générale du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) sur les droits des femmes et des filles autochtones. 

Cette conversation, qui a eu lieu le jeudi 18 mars 2021, a été organisée par le Forum international des femmes autochtones (FIMI); MADRE; le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies / Service des Peuples autochtones et développement / Secrétariat de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNDESA/IPDB-SPFII); et la Fondation Rosa Luxemburg-Stiftung (Bureau RLS de New York).

Dans son discours de bienvenue, Mme Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, a souligné l’importance d’avoir un instrument contraignant comme une recommandation générale du CEDEF pour permettre « d’influencer directement les politiques publiques nationales depuis le cadre international ». Dans le même ordre d’idées, Mme Gladys Acosta, présidente du CEDEF, a souligné l’importance que les droits consacrés dans un document arrivent vraiment à la vie des gens. À cette fin, le Comité a chargé un groupe de 15 experts de différentes nationalités de mener des consultations collectives et d’écouter les demandes des Femmes autochtones. De cette façon, on vise à créer une recommandation venant « du bas vers le haut ».  

En fait, la genèse de cette recommandation remonte à bien plus loin. Celle-ci provient d’un long parcours qui a vu des camarades autochtones travailler en réseau pour « réussir à attirer l’attention sur les questions à débattre », comme le précise Mme Mirian Masaquiza, agente associée des relations sociales du Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies et modératrice de l’événement. Ce processus de construction collective inclut d’ailleurs de plus en plus d’actrices. « Le FIMI assure la coordination entre les réseaux régionaux de Femmes autochtones de manière à élaborer une déclaration qui inclut tous les points de vue », explique Mme Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI et directrice du Réseau d’information autochtone.

Mme Gladys Acosta a présenté une proposition aux organisations de Femmes autochtones : qu’elles prennent les 16 articles de la Convention, qu’elles les lisent et en débattent dans leurs communautés, puis qu’elles transmettent leurs idées au Comité afin que celles-ci soient prises en compte dans chacun des articles. De cette manière, le « grand message » des Femmes autochtones pourra être transmis à « un monde qui est devenu désorienté, qui a perdu son lien avec la terre et les êtres humains, et qui privilégie la richesse comme une fin en soi », a commenté Acosta. « Et vous nous ramenez à ce qui compte vraiment, à l’essentiel », a-t-elle ajouté. 

À la recherche de l’intersectionnalité et de l’inclusion de voix diverses

Au cours du débat, les leaders autochtones participantes ont échangé leurs points de vue sur les questions clés qui devraient être incluses dans la recommandation. Pour commencer, toutes ont souligné l’importance de préserver la diversité des voix, y compris celles des Femmes et des Filles en situation de handicap et de la communauté LGTBI2S+. « Nous devons offrir une interprétation collective des droits pour les intégrer au CEDEF de manière holistique, avec une approche inclusive et intersectionnelle afin que rien de ce qui nous concerne ne soit fait sans nous », a déclaré Patrima Gurung, de l’Association nationale des femmes autochtones handicapées du Népal (NIDWAN pour son sigle en anglais).

De son côté, Mme Sara Mux, du collectif Ixpop, a insisté sur cette diversité de voix pour souligner l’importance de « l’égalité entre hommes et femmes et des femmes entre elles ». À cet effet, le CEDEF est un « instrument stratégique pour rendre visibles les multiples couches de discrimination et de racisme », a-t-elle ajouté.

La terre comme concept pour les Femmes et Peuples autochtones

Le concept de connexion avec la Terre Mère particulier aux Peuples autochtones est un autre des grands facteurs qui rendent particulièrement importante la présentation d’une recommandation générale spécifique, distincte de la recommandation sur les Femmes rurales, pour les droits des femmes et des filles autochtones. Comme l’a expliqué la jeune femme autochtone Sareya Taylor, de la White Mountain Apache Tribe, représentante de l’ECMIA Nord, « pour beaucoup de gens, la terre est simplement la terre, mais pour nous, Peuples autochtones, la terre est notre mère, elle nous soutient. Le respect de la terre est très important, car il s’agit d’une source de guérison ».

C’est ainsi que le contrôle des terres, des territoires et des ressources naturelles, qui dans les structures de pouvoir occidentales et dominantes se traduit par l’accès à la propriété foncière, représente un enjeu clé pour « garantir la prise de pouvoir économique des Femmes autochtones et réduire la pauvreté », a expliqué Mme Lucy Mulenkei. De même, Patrima Gurung a souligné que « la mainmise des États sur la terre représente un obstacle important dans nos vies, nous soumettant à une dynamique d’invisibilisation très difficile à surmonter ». 

Éducation et réduction des violences

L’éducation et la réduction des violences ont été d’autres grands thèmes de la conversation. D’une part, l’éducation est un outil fondamental pour améliorer la qualité de vie des Femmes et des Filles autochtones. 

D’autre part, Sareya Taylor et Mme Shilpa Pullela, vice-présidente du conseil de la Commission de la condition de la femme (CSW), ont montré à quel point les différents types de violence sont plus accentués pour les Femmes autochtones. En Australie, par exemple, les Femmes autochtones subissent 32 fois plus de violence qu’une personne non autochtone. 

Shilpa Pullela suggère de lutter contre les violences à travers des processus de consultation où les Femmes autochtones pourraient parler de ce qu’elles jugent important, sans programme imposé d’en haut, comme cela a été fait avec le rapport Wiyi Yani U Thangani.

Comme l’ont mentionné Mmes Pullela et Masaquiza pour clôturer l’événement, il est d’une importance vitale cette année que les fFemmes et les Filles autochtones continuent de se battre pour que leurs voix soient incluses dans la recommandation générale du CEDEF et dans la 65e édition de la Commission de la condition de la femme (CSW65). La COVID-19 a rendu cette tâche plus difficile, car de nombreuses communautés autochtones n’ont pas d’électricité, et encore moins d’accès à Internet. Cependant, les réseaux de Femmes autochtones du monde entier continuent d’exiger des États le respect de leurs droits individuels et collectifs et de pousser les organismes internationaux à adopter des lignes directrices pour créer un monde meilleur.

LES FEMMES AUTOCHTONES POUR L’ÉGALITÉ DE GENRE

La meilleure manière de décoloniser le monde est de ré-autochtoniser les espaces où on travaille pour arriver à l’égalité et à des conditions justes. Nous ne voulons être au-dessus de personne. Nous avons commencé cet événement en chantant, parce que de cette façon nous faisons honneur à tout ce que nous sommes. Nous avons remercié nos ancêtres, qui nous ont permis d’être là. Nous avons également commencé en reconnaissant les éléments spirituels, nous alliant ainsi à la force qui crée la vie pour pouvoir mener des conversations fructueuses.

En tant que Femmes autochtones leaders, nous avons partagé un espace de dialogue au sein du Forum Génération Égalité au Mexique pour unir nos voix et formuler des stratégies pour surmonter les défis structurels auxquels nous sommes confrontés à travers le monde. La rencontre, tenue le 30 mars 2021, a été organisée par le Forum international des femmes autochtones (FIMI) et a vu la participation de Femmes leaders autochtones représentant une vaste expérience locale, régionale et internationale. L’événement revêtait une importance particulière en raison de l’inclusion des voix des Femmes autochtones dans les actions de transformation qui émaneront du Forum pour arriver à une véritable égalité de genre.

En tant que Femmes autochtones, il y a longtemps que nous nous préparons et travaillons pour avoir une influence politique dans les espaces internationaux. Le FIMI et les réseaux régionaux (l’Enlace Continental de Mujeres Indígenas de las Américas [ECMIA], l’Alianza de Mujeres Indígenas de Centroamérica y México, l’Organisation des femmes autochtones africaines, le Réseau des femmes autochtones d’Asie et la National Aboriginal and Torres Strait Islander Womens Alliance du Pacifique) ont d’ailleurs mené un travail préparatoire lors de deux sessions préliminaires, afin de participer au Forum Génération Égalité avec un message clair faisant consensus parmi la diversité des voix. 

De plus, nous avons présenté cette position commune le 10 février 2021 dans le cadre d’un dialogue de haut niveau entre Femmes autochtones et autres acteurs et actrices clés, en collaboration avec Mme Yanerit Morgan, ambassadrice mexicaine. « Le Forum est un événement très important pour mettre en évidence les contributions des Femmes autochtones et les défis auxquels elles font face, du niveau local au niveau mondial », a souligné Sandra Creamer, leader du peuple Wannyi/Kalkadoon d’Australie et membre du Conseil d’administration du FIMI.

Le chemin parcouru depuis Beijing 

Tout ce travail de plaidoyer a été possible grâce à la voie ouverte par les Femmes leaders autochtones lors de la Conférence de Beijing de 1995. La quatrième Conférence mondiale sur les Femmes a marqué un moment historique, où « les Femmes autochtones du monde entier ont présenté pour la première fois une déclaration présentant notre manière de penser. Nous y avons émis une opinion d’envergure internationale », a expliqué Dialys Ehrman, leader autochtone du peuple Kuna du Panama qui a participé à la tente des Femmes autochtones à Beijing. C’est aussi à partir de ce moment que les organisations de Femmes autochtones ont commencé à prendre forme de manière plus articulée.

Depuis lors, « les Femmes autochtones ont revendiqué leur pouvoir et ont appris à négocier, à faire du plaidoyer auprès des organisations internationales, à préparer des documents, à mener des études et des recherches et à commencer à raconter leur propre histoire », a ajouté Ehrman. 

Défis structurels pour les Femmes autochtones

Cependant, les Femmes autochtones du monde entier continuent d’être confrontées à des inégalités structurelles qui nous empêchent d’exercer pleinement nos droits. Emily Lerosion, leader autochtone du peuple Samburu du Kenya et directrice et fondatrice de l’organisation The New Dawn Pacesetter, a décrit certains des enjeux clés. 

Pour commencer, il y a le droit à l’éducation. « C’est là que tous nos problèmes commencent ». Lorsque des mégaprojets se pointent dans les communautés, « en raison du manque d’éducation, en tant que Femmes autochtones nous n’avons pas les connaissances nécessaires pour nous opposer à ces projets », a expliqué Mme Lerosion en guise d’illustration. 

Le droit de parler et de s’exprimer sur ce qui nous touche directement est également fondamental. Adriana Uex, jeune leader maya et membre de la Coordination nationale de Femmes autochtones du Mexique (CONAMI), a lancé un appel voulant qu’on cesse de parler en notre nom et qu’on laisse place au leadership de la jeunesse et des Peuples autochtones. Elle a exprimé la volonté qu’ont les jeunes d’« être présents en tant que sujets de droit, et non à partir d’une vision paternaliste ». 

Adriana Uex a également plaidé pour une « participation effective » plutôt qu’une « inclusion palliative ». « La diversité des voix doit être reflétée dans la prise de décisions sur tout ce qui nous affecte. Dans un monde idéal, nous n’aurions pas à exiger tout cela, nous devrions simplement être reconnues comme sujets politiques et de droit », a-t-elle ajouté.  

À titre d’exemple, Emily Lerosion a mentionné les difficultés engendrées par l’absence de nos propres voix pour décrier les pratiques traditionnelles qui violent les droits des Femmes et des Filles autochtones. « En tant que Femmes, nous n’avons pas le droit d’opiner ni de nous opposer, et cela nous condamne à une position de victime. »

Les Femmes autochtones comme agentes de changement

Pour nous défaire de cette étiquette de victime qu’on nous impose comme Femmes autochtones, nous devons nous positionner comme agentes de changement. « Bien sûr que nous vivons des inégalités », a déclaré Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, « mais cette étiquette nous empêche de voir que nous sommes capables de construire le changement et que nous continuerons à le faire. » Partout dans le monde, les Femmes autochtones se sont organisées pour faire face à leurs défis. « Nous avons créé nos propres organisations aux niveaux communautaire, régional et national. Cela nous permet de nous rassembler en groupe et de partager nos expériences et stratégies », a déclaré Emily Lerosion. 

Cette capacité organisationnelle, qui a été encore renforcée pendant la pandémie, a été l’une des contributions les plus précieuses des Femmes autochtones. Par exemple, Dialys Ehrman a souligné l’importance fondamentale du rôle des Femmes dans l’établissement du protocole COVID-19 dans la région autochtone de Kuna Yala, au Panama. 

Une autre des grandes contributions des Femmes autochtones dans ce parcours vers l’égalité a été l’idée que « l’enjeu n’est pas seulement celui des dynamiques de pouvoir entre les genres, mais qu’il touche à toutes les diversités », a expliqué Teresa Zapeta. Tant l’intersectionnalité que le concept de justice environnementale « sont des contributions des Femmes autochtones et sont maintenant des thèmes clés au Forum ». 

Mais pour que les mots deviennent des actions transformatrices, il est nécessaire que les Femmes autochtones continuent de lutter pour leurs droits en élevant leurs voix dans toute leur diversité.

LES FEMMES AUTOCHTONES FONT ENTENDRE LEURS VOIX AU FORUM GÉNÉRATION ÉGALITÉ

Plusieurs Femmes autochtones leaders ont participé à divers événements dans le cadre du Forum Génération Égalité, qui s’est tenu en mode virtual du 29 au 31 mars 2021. Les Femmes autochtones du monde entier ont pu faire entendre leurs voix, leurs revendications et leurs stratégies en participant à cette réunion mondiale aù allaient se décider les actions transformatrices à mener au cours des cinq prochaines années pour atteindre l’égalité de genre.

Les événements virtuels ont abordé des sujets comme le rôle des Femmes autochtones en lien aux changements climatiques, I’impact de la COVID-19, les différents types de violences et d´inégalités auxquels nous sommes toujours aux prises en tant que Femmes et Filles autochtones, et la direction que devrait prendre le mouvement fémeniste.

« Personne ne veut d’un mouvement fémeniste composé uniquement d’universitaires et de la haute société. Le féminisme s’articule dans la diversité, le dialogue », a déclaré Tarcila Rivera Zea, militante quechua et présidente du conseil d’administration du Forum international des femmes autochtones (FIMI-IIWF). C’est ainsi Femmes autochtones dans le plan d’action mondial pour arriver à l’égalité de genre.

L’importance d’une perspective intersectionnelle et décolonialisée dans le mouvement féministe

Tout au long du Forum, le mot qui a rassemblé les voix des Femmes autochtones a été I’intersectionnalité. « Pour L’après-Forum, le défi consiste à aller au-delà des discours pour vraiment appliquer une approche intersectionnelle », a souligné Myrna Cunningham, cofondatrice et vice-présidente de I’initiatice aitochtone pour la paix. « Le modèle colonial continue à se renforcer dans le monde. Si nous n’introduisons pas I’intersectionnalité, tout deviendra de plus en plus homogène », a-t-elle ajouté.

Au fil des années de lutte, les Femmes autochtones ont acquis des droits importants, en particulier en droit normatif à travers I’adoption d’instruments juridiques internationaus et nationaux qui font pression sur les États pour qu’ils adoptent des politiques concrètes.

Cependant, comme l’a commenté Norma Don Juan Pérez, de la Coordination nationale des Femmes autochtones du Mexique (CONAMI), « les progrès sont éclipsés par des politiques racistes et non intersectionnelles » qui continient d’alimenter de multiples violences contre les femmes autochtones. « C’est pourquoi nous devons transformer L’exercice du pouvoir », a déclaré Norma Don Juan. « Notre capacité à résoudre les problèmes doit être reconnue, et nous devons pouvoir être considérées comme sujets de droit capables de définir comment nous voulons matérialiser nos propres droits. »

Tarcila Rivera Zea a proposé quelques solutions pratiques pour donner vie à I’intersectionnalité et relever les défis spécifiques des Femmes autochtones. L’une d’elles consiste à impulser I’adoption d’une recommandation générale du comité de la CEDEF sur les droits des Femmes et des Filles autochtones.

II est également important de renforcer les possibilités économiques des organisations de Femmes autochtones en leur permettant de recevoir un financement de manière plus directe. Pour y arricer, il faut apprendre à confier en leur capacité à gérer les ressources, comme l’a souligné Monica Aleman, coordinatrice proncipale du programme BUILD de la Fondation Ford. Enfin, il est important d’élaborer des programmes complémentaires à cette intersectionnalité afin de ne laisser de côté aucun secteur de la société.

Les Femmes autochtones sont les meilleures gardiennes possible pour la Terre-Mère

Il existe in certain consensis autour du fait que les Femmes autochtones sont les plus touchées par les changements climatiques. Les mauvaises récoltes dues aux inondations et aux sécheresses extrêmes comprometternt les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire. « Le changement climatique est un cauchemar dans mom pays », a reconnu Hindou Oumarou Ibrahim, cofondatrice et présidente de I’Association des Femmes et Peuples autochtones du Tchad.

Mais en même temps, en tant que Femmes autochtones, nous nous positionnons comme porteuses de solutions. Dans la communauté, « ce sont elles qui assurent la transformation, qui connaissent intimement le climar et leur environnement et qui peucent donc proposer des solutions aux enjeux environnementaux. Elles devraient être presentes aux tables de négociation des plans nationaux », a ajouté Hindou Oumarou Ibrahim. Avec la crise de la COVID-19, par exemple, les pratiques de guérison, la spiritualité et la médecine traditionnelle ont été remises en valeur.

De plus, en tant que gardiennes et défenseures de la Terre-Mère, les Femmes autochtones insistent depuis longtemps sur « le concept de violence écologique et environnementale », qui a « remis en cause et élargi le concept des violences », a expliqué la leader autochtone nicaraguayenne Myrna Cunningham.

Pour les défis posés par les changements climatiques comme par la COVID-19, Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI, a une recommandation: « Ne travailez pas seules. Nous devons travailler avec les garcons et les filles, avec les jeunes, avec les familles et les communautés. »

Les violences et les inégalités persistent contre les Femmes et les Filles autochtones

Bien qu’il y ait eu des avanc’ees importantes dans les codres réglementaires et juridiques spécifiques, et que ces avancées aient mené à l’élaboration de politiques et de programmes gouvernementaux de prévention de violences, il reste encore du travail à faire pour que leur mise en oeuvre transforme la réalité. Les Femmes autochtones, noires ou handicapées continuent d’être celles qui souffrent des plus hauts taux de mortalité et de criminalisation. « Le problème, ce sont les inégalités structurelles et économiques que génèrent les violences », a expliqué Elvira Constantina Pablo Antonio, du Réseau national des Femmes autochtones du Mexique.

D’après Adriana Uex, Jeune autochtone et membre de la Coordination nationale des Femmes autochtones (CONAMI), « le racisme et la discrimination sont les abstacles » manifestés par ces inégalités, qui se traduisent corps, ou encore les mariages pécoces.

Un autre type de violences qui affecte très fortement les Femmes autochtones est l’appropriation de territoires autochtones par des sociétés transnationales, situation aggravée par l’impunité et la violence des autorités publiques. « Nous devons présenter des réponses globales » dans une perspective « interculturelle et féministe », a recommandé Norma Don Juan Pérez, de la CONAMI.

D’après Sandra Creamer, directrice générale de la National Aboriginal and Torres Strait Islander Women’s Alliande et membre du conseil d’administration du FIMI, les entreprises et les États doivent être tenus de rendre des comptes. « Nous devons établir des normes internationales et nous articuler autour des conventions et des guides des droits de la presonne », a-t-elle déclaré.

Avec la pandémie de COVID-19, ces inégalités se sont aggravées. Les ultra-riches ont fait d’énormes profits et les écarts se sont creusés. « De nombreuses Femmes autochtones ont dû migrer des zones rurales vers la ville, où elles n’ont pas accès aux services », a expliqué Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI.

Cela nous laisse avec « une situation complexe, où les progrès réalisés coexistent avec l’intensification des violences », conclut Norma Don Juan Pérez. C’est pour cette raison que les Femmes autochtones lancent un appel à l’action. Pour reprendre les mots d’Elvira Pablo, du groupe de travail Jeune Génération Égalité: « nous en avons assez d’entendre de belles paroles et des engagements qui ne mènent à aucune action concrète.
Le temps d’agir, c’est maintenant.