Les Femmes autochtones et nos revendications : de l’individu au collectif 

Après son divorce, Sandra Lovelace Nicholas est retournée avec son fils dans la réserve de Tobique, au Canada, d’où elle était originaire. Là, elle a appris qu’en raison de son mariage avec une personne non autochtone, elle et son fils avaient perdu leur appartenance au peuple malécite et, avec elle, leur accès au logement, à la santé et à l’éducation. Cela a conduit Lovelace Nicholas à entreprendre une bataille juridique qui, après de nombreuses années, a marqué un précédent dans la lutte pour les droits des Femmes autochtones. 

Notre identité est collective

L’identité autochtone, qui provient des communautés ou nations autochtones qui précèdent les États coloniaux, est pourtant actuellement niée par de nombreux États. Bien que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones, approuvée en 2007, reconnaisse le droit à l’autodétermination, divers pays membres des Nations Unies n’ont pas actualisé leur constitution de manière à se conformer à la Déclaration. Cela se traduit par des situations d’exclusion et de discrimination; surtout contre les femmes, comme dans le cas de Sandra Lovelace Nicholas.

« Le droit à l’autodétermination est synonyme de décolonisation pour les Peuples autochtones. » Elsa Stamatopoulou, première directrice du Secrétariat de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, explique que pour les Peuples et personnes autochtones, l’autodétermination est un droit fondamental qui représente un point de départ pour une réparation historique. 

L’autodétermination est l’un des trois piliers qui soutiennent la Déclaration des Nations Unies. Avec la reconnaissance de ce droit, nous réaffirmons notre identité en tant que Premières nations. Avoir une identité juridique en tant que Peuples autochtones nous permet de préserver nos systèmes de gouvernement, nos modes de vie ainsi que le principe du bien-vivre. Pour y arriver, nous faisons appel au cadre des droits de la personne. Les deux autres piliers ont à voir avec les droits fonciers et culturels.

Malheureusement, la non-reconnaissance du système de gouvernance autochtone est une forme de domination des États qui rend invisibles les Peuples autochtones. On le voit dans les « stratégies nationales de développement » basées sur l’extraction des ressources naturelles et l’exportation de celles-ci sous forme de matières premières. Ces stratégies ne tiennent pas compte du principe de la consultation préalable, libre et éclairée de nos communautés.

Le « développement » sert de prétexte pour mettre en œuvre des projets qui menacent notre santé et celle de l’environnement. Par exemple, l’extraction de pétrole dans le bassin inférieur de l’Amazone a provoqué des catastrophes naturelles incommensurables pour les communautés Pastaza, Corrientes, Tigre, Marañón et Nazarhed. Un seul baril de pétrole peut contaminer près de 80 millions de litres d’eau potable. En d’autres termes, c’est l’équivalent de 32 piscines olympiques d’eau polluée qui a coulé dans la rivière Utcubamba en raison d’un seul baril de pétrole. Cela empoisonne l’eau pour toutes les formes de vie qui habitent la rivière et ses berges.

Selon la cosmovision autochtone, le territoire est un organisme vivant qui est profondément lié à l’harmonie entre la communauté, la famille et les personnes. C’est pour cette raison que les personnes autochtones ne parlent pas de « développement », mais de Bien-vivre. C’est une manière de revendiquer nos savoirs ancestraux et nos principes éthiques afin de protéger nos vies. 

Selon Andrea Carmen (Yaqui), directrice générale internationale du Conseil des traités autochtones, les personnes autochtones sont porteuses de droits individuels pour le seul fait d’être des personnes humaines; mais les droits à l’autodétermination, à la terre et à la préservation de nos langues et de notre culture, pour leur part, sont des droits qui s’exercent collectivement. C’est pourquoi il est important pour les personnes autochtones de parler à la fois de droits individuels et collectifs, car notre identité est collective. 

Les droits individuels doivent également être respectés

La reconnaissance de nos droits collectifs en tant que Femmes autochtones doit s’accompagner du respect de nos droits individuels. La Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones précise que ces peuples doivent respecter les droits humains des personnes autochtones qui les composent, c’est-à-dire que l’identité et les droits autochtones ne peuvent et ne doivent pas être imposés à une personne. De plus, les devoirs politiques qui reposent sur les personnes autochtones en vertu de leur système de gouvernance doivent être conformes aux normes internationales des droits de la personne.

En ce sens, les Femmes autochtones se sont prononcées contre la discrimination spécifique à laquelle nous sommes exposées à l’intérieur comme à l’extérieur de nos territoires. En fait, la Déclaration politique et plan d’action des Femmes autochtones dans le monde, adoptée lors de la Conférence internationale des Femmes autochtones, fait référence à l’accès limité que nous avons, nous et nos filles, à l’éducation et à la santé. Elle souligne également que nous sommes celles qui enregistrent les taux les plus élevés de pauvreté et de mortalité infantile et maternelle. Dans ce document, nous reconnaissons également que nous souffrons de différentes formes de violences, y compris la violence domestique et les abus sexuels, dans des contextes de traite, de conflits armés, de violence environnementale et politique, et des violences exercées par les industries extractives. 

Un cas qui illustre bien la triple discrimination est ce qui s’est passé dans les années 60 et 70 au Groenland. À cette époque, le gouvernement du Danemark a décidé d’implanter des dispositifs contraceptifs chez environ 4 500 Filles et Femmes autochtones, sans leur consentement, afin d’empêcher la croissance de la population autochtone inuite et de promouvoir la « modernisation » de l’île. Cette pratique est considérée comme une violation des droits fondamentaux des filles et des femmes qui, à son tour, a répercuté sur les Peuples autochtones inuits dans leur ensemble, puisqu’on estime que pendant cette période, les grossesses ont été réduites de moitié, de 1 674 en 1964 à 638 dix ans plus tard.

En tant que Femmes autochtones, nous sommes conscientes qu’au fil du temps, des tentatives ont été faites pour dominer nos peuples à travers nos corps. Pour cette raison, il est important pour nous et pour nos peuples de parvenir à la justice reproductive et que soit ainsi reconnu notre droit à décider si être mères ou non, et à élever nos filles et nos fils dans des environnements sûrs et sains.

La tête haute, les Femmes autochtones suivent le chemin tracé par Sandra Lovelace Nicholas il y a quarante ans déjà. Ensemble, nous combattons les violences faites à la terre, à la culture ancestrale et à nos corps; nous défendons nos droits, tant individuels que collectifs. 

Les Femmes autochtones discutent et élaborent des stratégies pour avancer la mise en œuvre de la RG39

17 avril 2023.- Lors d’un événement parallèle à la 22e session de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII) au siège des Nations Unies à New York, Indigenous Peoples Rights International (IPRI), le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les Peuples autochtones, l’Inuit Circumpolar Council (ICC), The Christensen Fund, The Institute for the Study of Human Rights de l’Université Columbia, le Forum autochtone Abya Yala, et le Forum international des Femmes autochtones (FIMI) se sont réunis pour continuer à promouvoir la mise en œuvre de la Recommandation générale numéro 39 (RG39) de la CEDEF, une réalisation historique pour les Filles et les Femmes autochtones du monde entier, compte tenu des multiples formes de discrimination auxquelles nous sommes confrontées.

L’UNPFII est un organe consultatif qui promeut le respect et la pleine application de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones. En cette occasion, il a joué un rôle clé en tant que pont entre institutions internationales, les agences des Nations Unies et les organisations autochtones, afin de continuer à avancer dans la mise en œuvre de la RG39, un instrument relatif aux droits de la personne, juridiquement contraignant, qui tient compte des différentes dimensions de la discrimination subie par les Femmes autochtones, en tant que femmes et en tant que membres des Peuples autochtones.

En début de réunion, Joan Carling, militante Kankana-ey Igorot des Philippines et directrice générale de l’IPRI, a expliqué que la Recommandation porte sur les droits individuels et collectifs des Femmes autochtones, « en particulier sur les problèmes et les préoccupations des Femmes autochtones défenseures, et reconnaît les risques et les différentes formes d’agressions auxquelles elles s’exposent dans l’exercice de leurs activités de subsistance relatives à l’accès et au contrôle de leurs terres et ressources naturelles ». La mise en œuvre, a-t-elle ajouté, est importante en ce qu’elle appelle les États à garantir que les défenseures ne soient pas visées par des représailles ou criminalisées pour leur travail.

La présidente du FIMI, Tarcila Rivera Zea, femme quechua du Pérou, a assuré que l’implantation de la Recommandation implique de grands défis : « nous devons faire comprendre à nos propres organisations que la mise en œuvre ne profite pas seulement aux filles et aux femmes, mais que les Peuples autochtones doivent l’utiliser pour impulser une politique nationale au service direct des collectivités ».

Dans son discours, la leader Arhuaca Leonor Zalabata Torres, ambassadrice de Colombie auprès des Nations Unies, a affirmé que « la participation sociale aux décisions des États joue un rôle important pour la paix, le développement durable de la terre, et la fraternité et la solidarité des peuples ». La Recommandation numéro 39 de la CEDEF, a-t-elle ajouté, « nous permet de décider comment nous voulons vivre nos cultures, selon le principe du consensus et de manière cohérente avec nos réalités ». Les Femmes autochtones « ont joué un rôle important à cet égard parce que nous avons été en mesure de préserver la sagesse ancestrale et, avec elle, la permanence que nous avons en tant que Premières Nations ».

Gladys Acosta, ancienne présidente du comité de la CEDEF, a commenté qu’« à l’heure où les forces de la mort semblent vouloir s’imposer, la RG39 représente une vaste réflexion sur les forces de la vie et leur prévalence ». Ce que nous avons accompli avec la Recommandation, main dans la main avec les organisations et les Femmes autochtones, a-t-elle assuré, « c’est de recueillir respectueusement la vision du monde, la spiritualité des peuples et de reconnaître le lien profond entre leurs droits, les territoires et les ressources naturelles de la communautés ». La Recommandation générale numéro 39 « est un instrument de lutte », a-t-elle souligné.

En outre, « elle insiste sur l’obligation des États parties de garantir l’accès à l’éducation, à la santé et à la participation politique à l’intérieur comme à l’extérieur des communautés, et exhorte les États à prendre des mesures contre les violences de genre, y compris celles perpétrées par les forces publiques ou parapubliques », a-t-elle conclu.

Nukila Evanty, directrice générale du Women Working Group (WWG) et Rosalee González, coordinatrice de la région nord de l’Enlace Continental de Mujeres Indígenas de las Américas (ECMIA), ont convenu que le racisme structurel aggravé par la discrimination fondée sur le genre continue d’être un fait du quotidien pour les Filles et les Femmes autochtones du monde. La RG39 « répond à un appel permanent des Premières Nations à créer un instrument spécifique pour promouvoir et protéger nos droits, et représente une lutte croissante pour une plus grande inclusion tout en préservant l’identité culturelle de nos peuples », a déclaré González.

La Sous-Secrétaire générale des Nations Unies et Directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes, Åsa Regnér, a reconnu la grande importance des alliances que les organisations et Femmes autochtones ont établies pour parvenir à cette recommandation stratégique, ajoutant qu’il était important de continuer, tous et toutes, à travailler à sa mise en œuvre. « Il est prouvé que les Filles et les Femmes autochtones sont trois fois plus susceptibles de subir des violences que celles qui ne sont pas autochtones. Des défenseures autochtones sont même tuées pour chercher à protéger les droits d’autres femmes, et ces attaques n’arrivent pas à la une des journaux. » Les actions que nous promouvons, a-t-elle ajouté, doivent contribuer à rendre visibles les violences réellement vécues.

Sara Olsvig, présidente internationale du Inuit Circumpolar Council (ICC), a évoqué la période où le gouvernement danois avait forcé l’implantation de contraceptifs sur les femmes dans le but de réduire le taux de natalité au Groenland. « Entre 1966 et 1975, quelque 4 500 filles et femmes inuites ont reçu un dispositif intra-utérin (DIU), souvent à leur insu », a-t-elle expliqué. Ce projet de planification familiale forcée a porté atteinte à la santé des femmes, qui ont pendant plusieurs années après souffert de douleurs, d’infections et de difficultés de grossesse. « La recommandation que nous avons entre les mains peut nous aider à faire en sorte que de si honteuses violations sur le corps de femmes ne se reproduisent plus jamais », a-t-elle déclaré.

Pour clore la rencontre, Puyr Tembé, présidente de la Federação Estadual dos Povos Indígenas do Pará (FEPIPA), a expliqué que l’organisation des Femmes autochtones au Brésil est relativement récente, mais que « nous avons réussi à renforcer et à multiplier nos voix en occupant des espaces institutionnels qui nous aident à créer des politiques publiques mieux alignées avec nos besoins et nos intérêts ».

« Au sein du gouvernement, nous avons fait des progrès significatifs pour la reconnaissance formelle de nos droits, et la Recommandation générale numéro 39 est un outil pertinent qui reconnaît les Femmes autochtones comme agents de changement, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos communautés, et nous permet de jouir du plein exercice de nos droits politiques », a-t-elle conclu.

Les femmes inuites de l’Arctique conçoivent des stratégies de collaboration entre les organisations autochtones et l’ONU pour la mise en œuvre de la Recommandation générale n° 39 de la CEDEF

20 avril 2023.- Pour renforcer le mouvement des femmes inuites dans l’Arctique et maintenir un dialogue sur la mise en œuvre de la Recommandation générale numéro 39 (RG39) de la CEDEF, nous nous sommes réunies lors d’un événement parallèle à la 22e session de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII). L’événement, organisé par l’Inuit Circumpolar Council (ICC), la Mission permanente du Danemark à New York et le Forum international des Femmes autochtones (FIMI), avait pour but de promouvoir l’application de cet instrument international contraignant à travers lequel les États sont tenus de protéger les droits individuels et collectifs des Filles et des Femmes autochtones dans le monde.

Ouvrant le dialogue, Binota Moy Dhamai, président du Mécanisme d’experts sur les droits des Peuples autochtones (2022-2023), un organe subsidiaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, a expliqué que la RG39, adoptée grâce au travail acharné des mouvements de Femmes autochtones, reconnaît les voix des filles, des jeunes et des femmes en tant qu’agents de changement et leaders à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs communautés.

« La Recommandation générale définit et adresse les différentes formes de discrimination intersectionnelle auxquelles elles sont confrontées, mais rend également obligatoire l’accès à la justice », a déclaré Moy Dhamai. « Elles ont travaillé d’arrache-pied pour les femmes et les filles inuites, afin que les actions du gouvernement danois pour implanter des dispositifs contraceptifs pour réduire le taux de natalité au Groenland, dans les années 1960 et 1970, ne se reproduisent plus », a-t-il déclaré.

Dans son discours, Tarcila Rivera Zea, présidente du FIMI, a donné une brève introduction à la RG39. Elle a rappelé que, depuis 30 ans, différentes organisations de Femmes autochtones se sont articulées en un réseau continental pour protéger leurs droits. « Nous avions de nombreux instruments internationaux qui travaillaient pour garantir l’égalité entre femmes et hommes, mais il manquait une pierre angulaire qui traiterait spécifiquement de la protection des droits des Filles et des Femmes autochtones », a-t-elle déclaré.

Rivera Zea a reconnu que la mise en œuvre de la RG39 représente un défi. « L’objectif de la Recommandation est d’orienter les États quant aux mesures législatives, politiques et autres mesures pertinentes à prendre pour garantir le respect de leurs obligations relatives aux droits des Filles et des Femmes autochtones. Nous devons renforcer la négociation entre les gouvernements nationaux et les acteurs internationaux. Il faut parler de la mise en œuvre pour que la recommandation se fraie un chemin de la scène internationale au niveau local, et ainsi combattre la corruption pour renforcer la protection des droits et l’accès à la justice », a-t-elle expliqué.

La présidente de Pauktuutit Inuit Women of Canada, Gerri Sharpe, s’est dite reconnaissante pour le dialogue qui s’est établi à partir de cette rencontre entre les représentants d’organisations internationales et les femmes inuites qui vivent dans les différentes régions arctiques de la planète.

« Nous nous engageons à faire en sorte que les droits humains et les priorités des femmes inuites soient équitablement inclus dans le Plan d’action sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones, que le gouvernement fédéral canadien élabore actuellement en partenariat avec des organisations autochtones », a déclaré Sharpe. La RG39 sera un excellent outil de travail collaboratif avec les différentes collectivités territoriales, a-t-elle ajouté.

Tove Søvndal Gant, membre de l’UNPFII, a reconnu qu’il existe des inégalités, des violences structurelles et des taux de corruption alarmants dans certains des pays qui ont ratifié leur participation aux programmes de protection des femmes. « La volonté politique des fonctionnaires de chaque pays sera essentielle pour adapter la Recommandation aux circonstances locales et éviter toute malhonnêteté qui pourrait mettre en péril sa pleine application », a-t-elle déclaré.

Elle a aussi ajouté que « les gouvernements du Danemark et du Groenland devraient renforcer leur coopération politique et veiller à ce que le document soit traduit dans les langues autochtones correspondantes, afin que les habitants puissent le comprendre ».

Enfin, parlant de comment concevoir des stratégies de collaboration entre les organisations autochtones et l’ONU pour favoriser la mise en œuvre de la RG39, Rosalee Gonzalez, co-coordonnatrice de la région nord de l’Enlace Continental de Mujeres Indígenas de las Américas (ECMIA), a expliqué que le plus important était de continuer à renforcer la participation politique et citoyenne des Femmes autochtones à l’Assemblée générale.

« Nous devons former des Femmes autochtones à l’ONU afin de devenir hautement qualifiées et ainsi nous assurer d’avoir des experts au Haut-Commissariat qui connaissent nos besoins et les enjeux qui nous touchent à l’intérieur comme à l’extérieur des territoires autochtones », a-t-elle déclaré. 

Les femmes leaders, a-t-elle ajouté, jouent un rôle très important dans le suivi et la supervision des actions prises par les gouvernements pour garantir une mise en œuvre efficace. En outre, ces femmes membres des organisations de la société civile peuvent présenter des rapports parallèles aux comités afin de mettre en lumière des lacunes et des défis à surmonter dans l’application de la Recommandation qui ne sont peut-être pas mentionnés dans les rapports officiels présentés par les États.

Les Femmes autochtones exigent une mise en œuvre effective de la Recommandation générale 39 de la CEDEF et l’avènement d’une ère numérique culturellement pertinente où l’égalité des genres est une réalité

Le 6 mars 2023 – Afin de garantir que les principes d’inclusion et d’intersectionnalité guident l’innovation technologique et de réduire la discrimination et les inégalités de genre, le Forum international des Femmes autochtones (FIMI) a organisé une réunion de coordination des Femmes autochtones en parallèle à la 67e séance de la Commission de la condition de la femme (CSW67) de l’ONU.

La CSW67 est le principal organe international consacré exclusivement à la promotion de l’égalité des genres et à l’élaboration de normes internationales qui favorisent le renforcement du pouvoir des femmes. Cette année, elle sera également un espace fondamental pour amplifier nos voix et notre lutte pour la mise en œuvre effective de la Recommandation générale numéro 39 (RG39) de la CEDEF, un instrument international contraignant pour la protection des droits individuels et collectifs des Femmes et Filles autochtones à travers le monde.

Lors de l’événement, des femmes leaders de différentes régions se sont réunies pour réfléchir à nos objectifs, réalisations, lacunes et défis en matière de promotion et de protection de nos droits. Nous avons discuté de l’obligation assumée par les États parties d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques intégrales qui protègent de manière effective les droits et les principes d’égalité substantielle et de non-discrimination. Nous avons convenu de l’importance cruciale de la participation des Femmes et Filles autochtones à la construction d’une ère numérique pouvant réduire les écarts de genre et favoriser des écosystèmes d’innovation technologique inclusifs pour l’élimination des violences.

La réunion a commencé par une cérémonie spirituelle dirigée par Malia Nobrega-Olivera, Femme autochtone de la vallée de Hanapēpē, Kona, Kaua’i à Hawaï, directrice des partenariats stratégiques et de la participation communautaire de l’École des connaissances hawaïennes, ainsi que du programme Loli Aniau, Makaala Aniau (LAMA).

Dans son allocution, Tarcila Rivera Zea, femme Quechua du Pérou et présidente du FIMI, a prononcé de chaleureuses paroles de bienvenue et a rappelé que le Forum international des Femmes autochtones, composé d’organisations de sept régions socioculturelles, avait ses origines dans les réunions tenues en 1995 lors de la signature de la Déclaration de Beijing des Femmes autochtones, qui « jetait les bases de nos revendications en tant qu’autochtones et en tant que femmes ».

Aujourd’hui, près de 30 ans plus tard, les articles avec lesquels nous avions alors « défini nos droits et nos positions en tant que Femmes autochtones sont plus pertinents que jamais pour récupérer, partager, réfléchir et continuer à projeter nos aspirations sur la scène internationale », a souligné Tarcila Rivera Zea.

Dans une vidéo diffusée lors de l’événement, Lucy Mulenkei, femme Masai du Kenya, cofondatrice et vice-présidente du FIMI, a déclaré que l’importance de la réunion résidait dans le fait que « nous écouterons des voix diverses qui nourriront notre expérience de travail sur des questions qui ont un impact sur les Femmes autochtones et les Peuples autochtones en général ».

Teresa Zapeta Mendoza, Maya K’iche du Guatemala et directrice du FIMI, a reconnu l’importance des alliances stratégiques qui se sont formées au fil du temps pour atteindre des objectifs historiques communs entre Femmes autochtones de différentes régions, malgré les violences et les inégalités. « Cette année, en plus de réfléchir ensemble aux défis que nous rencontrons en cette ère numérique pour parvenir à l’égalité des genres et au renforcement du pouvoir de toutes les femmes et filles, nous célébrons également l’approbation de la RG39, qui nous sert de pont pour garantir nos droits ».

« La Recommandation générale représente un événement historique qui ne favorise pas seulement les Femmes et Filles autochtones, mais aussi les droits fondamentaux des Peuples autochtones du monde entier », a-t-elle insisté.

Les participantes ont reconnu que les gouvernements doivent assumer leurs responsabilités et engagements dans la lutte contre les violences, formulant certaines demandes et actions à prendre pour avancer avec la société civile et d’autres acteurs clés dans la mise en place de solutions technologiques pour l’autonomisation et la transformation des rôles et des normes sociales traditionnelles : promouvoir l’accès des Femmes autochtones aux technologies numériques dans les zones rurales et non rurales pour réduire les inégalités; renforcer, grâce à l’éducation numérique, notre identité en tant que femmes appartenant à des Peuples autochtones; éliminer les inégalités technologiques pour garantir les droits des Femmes et Filles autochtones handicapées en leur permettant de connaître les instruments internationaux qui les protègent; comprendre que l’installation d’une infrastructure numérique, en particulier en milieu rural, n’est pas la solution pour assurer la connectivité de toutes, car il est nécessaire de comprendre les autres obstacles qui limitent l’utilisation des technologies par les femmes et de générer des stratégies d’adoption et d’utilisation à proximité des utilisatrices et de leurs communautés; générer et promouvoir l’accès à l’information sur la violence numérique ou les crimes cybernétiques contre les jeunes et les Femmes autochtones.

Enfin, Teresa a réitéré que l’articulation des femmes a été fondamentale pour l’adoption de la Recommandation générale 39 de la CEDEF, assurant qu’il s’agit d’une occasion unique d’intégrer les priorités collectives, la vision du monde, les expériences et les leçons partagées par les Femmes autochtones afin de générer un changement réel et garantir la préservation de nos différentes cultures et de nos identités individuelles et collectives.

Les Femmes autochtones ouvrent un dialogue stratégique à la CSW67 entreles parties prenantes, les mécanismes des Nations Unies et la communauté debailleurs de fonds pour assurer une mise en œuvre effective de la RG39 de laCEDEF

10 mars 2023 – Dans le but de renforcer le mouvement des Femmes autochtones et de convenir d’un programme de plaidoyer international entre les parties prenantes, les États membres, les personnes alliées et les mécanismes des Nations Unies pour la mise en œuvre effective de la Recommandation générale 39 (RG39) de la CEDEF, qui protège les droits individuels et collectifs des Filles et des Femmes autochtones, le Forum international des Femmes autochtones (FIMI) et la branche des Peuples autochtones et du développement du Secrétariat de l’Instance permanente sur les questions autochtones (IPDB/SPFII) ont tenu un dialogue stratégique afin d’élargir la diffusion de la recommandation et de définir et accélérer les prochaines étapes pour assurer son application dans le monde entier.

L’événement, organisé dans le cadre de la 67e séance de la Commission de la condition de la femme (CSW67) de l’ONU, a réuni des dirigeantes autochtones de réseaux régionaux d’Asie, d’Afrique, des Amériques, de l’Arctique et du Pacifique, des délégations gouvernementales et des bailleurs de fonds dans le but de discuter des progrès et des lacunes dans la mise en œuvre de la RG39, et de tout ce que celle-ci représente pour contrer toutes les formes de discrimination contre les Femmes et les Filles autochtones.

Pour marquer le début de la rencontre, Tarcila Rivera Zea, Quechua du Pérou et présidente du FIMI, a affirmé que le principal défi pour la mise en œuvre de la Recommandation était de faire en sorte que les États membres créent des politiques publiques qui contribuent au renforcement du pouvoir individuel et collectif des Femmes et Filles autochtones partout dans le monde. « La mise en œuvre ne sera pas facile. Nous avons mené un travail acharné ancré dans la solidarité aux niveaux local, régional et international, touchant l’esprit et le cœur des décideurs clés pour parvenir à protéger les droits des femmes et des filles », a-t-elle déclaré.

La sénatrice Malarndirri McCarthy, vice-ministre de la Santé autochtone dans le Territoire du Nord de l’Australie, a admis avoir vécu les violences de première main en tant que femme. « Les Peuples autochtones, et en particulier les femmes, doivent être inclus à tous les niveaux du processus décisionnel afin d’y intégrer leurs forces, leurs connaissances et leurs identités culturelles. »

Elle a expliqué qu’en Australie, la mise en œuvre de la RG39 se fera « à travers la création d’un organe consultatif permanent, qui conseillera le Parlement sur les questions impactant ce secteur. Nous travaillerons en partenariat avec les acteurs politiques et la communauté de bailleurs de fonds pour atteindre les objectifs

économiques, sociaux et de réformes prioritaires dans le cadre de notre accord national visant à combler les écarts. Les autorités sont déterminées à faire en sorte que le Parlement australien travaille avec les peuples des Premières nations pour améliorer leurs conditions de vie », a-t-elle déclaré.

Haley Bathern, une jeune Aṉangu d’Australie, enseignante dans une école locale de Filles autochtones, a fait l’éloge de ce dialogue en disant : « Il n’y a pas de meilleur endroit pour promouvoir la mise en œuvre de la RG39, qui servira à maintenir le lien avec nos connaissances ancestrales, à travailler pour la reconnaissance de nos droits, et à bâtir des espaces où les jeunes femmes se sentent acceptées tout en devenant économiquement indépendantes et en parvenant à générer des changements au sein de leurs communautés ».

Participant à l’événement à distance, Leticia Bonifaz, experte du Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), a souligné lors de la réunion qu’« il n’est pas possible d’imaginer un monde qui ne reconnaîtrait pas les usages ancestraux et les visions du monde des communautés et Peuples autochtones ». D’après elle, en ce sens, la Recommandation est un document historique qui a été construit à partir de discussions avec des Femmes autochtones de différentes parties du monde, qui se sont penchées sur des questions fondamentales telles que l’éducation, la santé, le travail et le renforcement du pouvoir économique, le tout avec une approche transversale qui intègre les voix des femmes handicapées, LGBTI+, migrantes ou privées de liberté sans connaître leurs droits. 

D’après Leticia Bonifaz, le plus important sera de diffuser le contenu de la Recommandation et que les États parties, à travers leurs instances gouvernementales, créent des politiques publiques pour générer des changements positifs en ce qui concerne les inégalités et le manque d’accès à la justice.

Beatrice Duncan, conseillère en matière d’état de droit et personne-ressource sur les questions autochtones à ONU Femmes, a expliqué que suivant l’adoption de la RG39, tous les États membres doivent soumettre un rapport dans les quatre ans pour que le comité examine la portée de la recommandation dans le quotidien des Femmes autochtones. 

Ces rapports devront inclure la description des mesures adoptées, et le Comité pourra exiger des renseignements supplémentaires tant qu’il le jugera nécessaire afin de savoir comment les droits garantis dans la Recommandation sont respectés, ainsi que pour connaître les stratégies de collaboration avec les organisations de Femmes autochtones mises en place au niveau national.

Mariam Bouraima, de la communauté peule du Bénin et membre de l’Organisation africaine des Femmes autochtones (OAFA), a réaffirmé que « les États membres doivent prendre des mesures pour mettre fin aux discriminations et, à travers l’application de la RG39, impliquer les femmes dans les espaces décisionnels. Elles doivent participer directement à la vie politique de leurs communautés pour prévenir et éradiquer les violences. »

Parlant des possibilités de collaboration entre la Fondation Ford et les mouvements de Femmes autochtones pour promouvoir la mise en œuvre de la Recommandation, Mónica Alemán, directrice du Programme international pour la justice de genre, raciale et ethnique, a souligné qu’afin de mettre en œuvre la RG39, la Fondation Ford « affectera de plus en plus de ressources » aux organisations de Femmes autochtones et à d’autres groupes afin que les réglementations internationales puissent passer des rêves aux réalités locales. « Il est important de lancer et de maintenir un dialogue ouvert et permanent avec le Forum international des Femmes autochtones, de manière à pouvoir identifier de nouveaux partenaires pour l’allocation de ressources financières. »

Elle a ajouté que « l’une des décisions que nous avons prises est celle de soutenir politiquement les mouvements de Femmes autochtones que nous soutenons financièrement ». Cela ouvre aux organisations qui reçoivent déjà un soutien de la fondation une belle occasion de co-participer activement aux processus de dialogue et de déterminer quelle direction prendre avec leurs partenaires ou autres bailleurs de fonds. 

Pour sa part, Erika Unnis, du Forum des femmes Saami, a souligné que malgré la prolifération d’engagements internationaux antérieurs visant à protéger les droits des Peuples autochtones en général, et des Femmes autochtones en particulier, il reste encore des vides réglementaires qui rendent difficile pour ces femmes l’accès à la sécurité alimentaire, aux ressources naturelles de leurs communautés et à leurs identités culturelles, ce qui se manifeste par une dépossession systématique de leurs langues, terres, territoires et ressources naturelles. Cependant, la RG39 représente « un nouveau point de départ pour que toutes les femmes qui se battent pour la défense de ces droits, qu’elles vivent dans des espaces ruraux ou non ruraux, soient au fait des ressources juridiques et administratives dont elles disposent ».

D’après Eleanor Dictaan-Bang-oa, femme Kankanaey Igorot des Philippines, du Réseau des Femmes autochtones d’Asie (AIWN), la Recommandation apporte d’importantes réflexions sur l’égalité et la non-discrimination, avec une approche intersectionnelle aux formes de discrimination. « En tant que Filles et Femmes autochtones, nous subissons des formes de violences croisées qui sont intégrées dans les structures des États colonisateurs, affectant systématiquement notre capacité d’exercer nos droits individuels et collectifs », a-t-elle souligné.

Patricia Torres Sandoval, leader Purhépecha du Mexique et fondatrice de la Coordonnatrice nationale des Femmes autochtones (CONAMI-Mexico), a insisté que pour assurer une mise en œuvre efficace et effective de la Recommandation, « une volonté politique et une allocation adéquate de ressources de la part des États et de la communauté de bailleurs de fonds sont particulièrement cruciales pour la construction collaborative de programmes et de politiques répondant aux besoins des Filles et des Femmes autochtones du monde entier ».

Nadine Gasman, présidente de l’Institut national de la femme (INMUJERES), a reconnu que le plus grand défi des différents gouvernements sera de garantir l’accessibilité de la RG39 dans les langues des peuples afin de la faire connaître au sein des communautés pour que plus de femmes puissent s’approprier de cet outil de protection des droits, et ce dès l’enfance.

« L’appropriation institutionnelle de la recommandation à tous les niveaux – fédéral, local, municipal et étatique – est un élément clé pour parvenir à son application effective. Depuis INMUJERES, nous allons soutenir cet effort pour continuer à assurer la pleine participation des Femmes et des Filles autochtones comme protagonistes, tant au sein de leurs communautés qu’à l’extérieur ». 

Enfin, Gladys Acosta, ancienne présidente du Comité de la CEDEF, a souligné que ce dialogue stratégique démontrait l’énorme potentiel de la recommandation en soi, en précisant que « les États membres auront la plus grande part de responsabilité pour diffuser la RG39 dans toutes les langues et à travers tous les canaux ». De plus, elle a déclaré que l’adoption de cet instrument international devait se faire de manière collaborative et coordonnée par les organisations de femmes, les institutions et les acteurs politiques clés ».

L’adoption de la Recommandation 39 du CEDAW, un bastion dans la promotion des droits humains des femmes autochtones.

Avec la conviction qu’un travail coordonné aux niveaux local, régional, national et international sera la clé de la mise en œuvre de la Recommandation 39 du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) sur les Femmes et les Filles autochtones. Dans ce cadre, un panel de discussion a été organisé par le Forum international des Femmes autochtones (FIMI), MADRE et Indigenous Peoples Rights International (IPRI) et les réseaux régionaux de Femmes autochtones.

Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, a fait remarquer que des générations entières de Femmes autochtones ont participé activement, du local au mondial. Cela a conduit à l’adoption de la Recommandation générale 39.

En introduisant la cérémonie de bienvenue, Mme Zapeta a offert la lumière sacrée pour tous nos ancêtres : « principalement à toutes les Filles et Femmes autochtones qui ont offert leur vie pour tracer ce chemin. Nous honorons leur  parcours et leur existence. »

Tarcila Rivera Zea, éminente militante quechua et coordonnatrice du Réseau continental des Femmes autochtones des Amériques, en plus d’être Présidente de Chirapaq et du FIMI, a mentionné la coordination et le travail conjoint pour atteindre des objectifs communs comme des actions importantes.

Elle a noté que le processus remonte à 40 ans, en rappelant la recommandation de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones (IPQA – UNPFII) en 2004. Cette recommandation demanda au Comité CEDAW d’inclure les femmes autochtones dans leurs particularités, et fut réitéré en 2019. De plus, Mme Rivera Zea a considéré que le plus important est que toutes les femmes du monde en fassent et se sentent partie prenante. 

« Il est important qu’ensemble nous célébrions l’approbation de cette Recommandation générale, laissant le grand défi de sa mise en œuvre dans le scénario national ».

Joan Carling, militante autochtone de la Cordillera aux Philippines et directrice générale de l’IPRI, a noté qu’il a fallu plus de 15 ans au CEDAW pour discuter d’une recommandation sur les droits des Femmes et des Filles autochtones. Elle a souligné que la participation des femmes des sept régions du monde au processus démontre la nécessité d’une reconnaissance de leurs droits individuels et collectifs et que ceux-ci sont indivisibles. Elle a également souligné que la Recommandation 39 devrait inclure des mécanismes de responsabilisation pour les violations des droits de l’homme.

« Le travail du CEDAW a été fondamental pour comprendre la non-discrimination des Femmes et des Filles autochtones. Pour sa part, la Recommandation 39 est un jalon pour comprendre les obligations des États dans la protection effective, le caractère intersectionnel et la reconnaissance des Femmes autochtones dans toute leur diversité », a souligné Mme Leonor Zalabata, membre du Peuple Arhuaco de Colombie et première ambassadrice autochtone auprès des Nations Unies (ONU). 

Mme Zalabata a également parlé de la valeur du respect du droit au consentement préalable, libre et éclairé dans les politiques liées à l’environnement. Elle s’est félicitée du fait que dans le processus d’adoption de la recommandation, les Femmes et les Filles autochtones soient reconnues comme des leaders et des agentes de transformation qui ont le droit d’être entendues. Elle a souligné que le processus est le résultat du travail des organisations de femmes « liées à la terre et aux besoins de nos peuples ».

Margaretha Karlberg Uttjek, universitaire sami, a convenu de la nécessité de mettre en œuvre les droits des Femmes et des Filles autochtones aux niveaux local, régional et national, en mettant l’accent sur les droits collectifs. Mme Karlberg a évoqué la nécessité de prendre en compte le consentement préalable, libre et éclairé dans la Recommandation 39. Elle a noté l’importance d’inclure des perspectives intersectionnelles, d’intégrer des histoires et des expériences dans la recommandation, ainsi que dans sa mise en œuvre à tous les niveaux. Malgré le fait que dans les sociétés coloniales les savoirs ancestraux sont discrédités.

La Recommandation 39 est également un instrument pour éduquer le reste de la population, a déclaré Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI, fondatrice et cofondatrice de divers réseaux autochtones. La discrimination subie dans les communautés autochtones provient de distincts fronts et a des impacts différents. 

Mme Mulenkei a souligné l’importance de poursuivre le débat et la promotion des droits des Femmes et des Filles autochtones. Elle a appelé à l’utilisation de la Recommandation 39 comme un outil qui doit être compris par les communautés autochtones. Elle a également mentionné sa valeur en tant qu’instrument d’inclusion des Femmes autochtones dans les espaces décisionnels tels que les Nations Unies et le secteur privé. « Souvent, quand ils nous regardent, ils pensent que nous n’avons pas les compétences, mais si, nous en avons. En tant que femmes autochtones, nous allons plus loin et nous devons travailler ensemble », a-t-elle affirmé. 

Sonia Gutiérrez, avocate guatémaltèque, politicienne et défenseure des droits humains autochtones, a souligné l’importance de la Recommandation 39 en tant qu’instrument global pour faire progresser les droits, et a souligné qu’il s’agissait d’un outil spécifique des Femmes et des Filles autochtones. 

Pour une mise en œuvre efficace, Mme Gutiérrez a recommandé : de tenir compte du fait qu’il s’agit d’un bastion, d’un outil spécifique dans la promotion des droits humains en tant que Femmes et Filles autochtones ; que nous devons nous approprier cet outil construit à partir des femmes ; qu’une plus grande articulation devra être atteinte vers un plan d’action permettant la mise en œuvre des actions ; et que l’outil est aussi une source d’inspiration pour renforcer notre travail et revendiquer nos droits.

Les expertes ont appelé toutes les Femmes et Filles autochtones à être attentives aux processus de mise en œuvre de la Recommandation 39, qui fut approuvée le 26 octobre 2022. Elles les ont également invités à participer avec espoir et force à la coordination qui s’établit pour la pleine réalisation de leurs droits humains.

*Pour plus d’informations sur la Recommandation générale 39, visitez : https://cedaw.fimi-iiwf.org. 

https://www.ohchr.org/en/documents/general-comments-and-recommendations/general-recommendation-no39-2022-rights-indigeneous

CEDAW POUR LES FEMMES ET LES FILLES AUTOCHTONES: COMBLER LES ÉCARTS

Dans toute notre diversité d’identités, nous, les femmes, apportons nos contributions au monde. Il convient cependant de souligner les inégalités dont souffrent les femmes autochtones en particulier, comme le manque d’accès aux opportunités éducatives, économiques et sociales. Les peuples autochtones représentent 6,2 % de la population mondiale (OIT, 2019), mais constituent 15 % des personnes les plus pauvres de la planète (UNPFII, 2020)1. La récente Étude mondiale sur la situation des femmes et des filles autochtones, produite dans le cadre du 25e anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Beijing, démontre que les femmes autochtones se trouvent systématiquement au bas de tous les indicateurs sociaux et économiques.2

Dans ce contexte, il est nécessaire d’adopter des mesures culturellement adéquates pour protéger nos droits, en tenant compte des facteurs particuliers qui nous empêchent d’exercer pleinement nos droits. Les instruments internationaux se doivent ainsi d’offrir des réponses spécifiques pour aborder les difficultés qui nous guettent et garantir l’accès à l’égalité des chances. La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW pour son acronyme anglais) est un exemple d’un tel instrument, obligeant les États parties à prendre des mesures pour respecter, protéger, promouvoir et réaliser les droits des femmes et des filles en toutes circonstances. Il est important de souligner que cette Convention est un instrument juridiquement contraignant, c’est-à-dire que les États qui adhèrent à cette convention sont tenus de se conformer à ses dispositions. 

Dans un monde où les femmes, dans toute notre diversité, souffrons de profondes inégalités, cet instrument a une importance particulière pour nos vies. Cependant, la CEDAW ne reconnaît pas spécifiquement les femmes et les filles autochtones comme détentrices de droits individuels et collectifs. Cela signifie que la Convention n’offre pas une protection adéquate contre les multiples discriminations auxquelles nous faisons face. 

Dans notre conception du monde, nous sommes connectées à la Terre Mère. Nous résistons à la discrimination et à la violence et les combattons non seulement en tant que femmes individuelles, mais en tant qu’êtres collectifs, intrinsèquement liés à nos peuples pour former un tout. C’est pourquoi nous nous sommes donné la tâche de mener des efforts de plaidoyer auprès des espaces décisionnels, afin de transformer les inégalités et injustices qui minent notre quotidien. 

Pour mener à bien ce processus, il a été nécessaire de fédérer nos efforts à travers des dialogues entre femmes leaders, organisations de femmes autochtones et organisations alliées de la société civile, ainsi que de persévérer dans le temps. Il s’agit là d’un labeur stratégique pour améliorer la vie de 186 millions de filles et de femmes autochtones, et ce n’est que collectivement que nous pouvons le réaliser.

Nous avons commencé à combler les écarts. Aujourd’hui, nous avons la force du vent en notre faveur. Chères sœurs, c’est sans perdre le rythme vif et assuré de nos pas que le FIMI, les réseaux régionaux de femmes autochtones et MADRE vous invitent à rejoindre la Campagne CEDAW pour les femmes et les filles autochtones. Cette initiative est le fruit de ce que nous avons semé plus tôt et a besoin de notre énergie pour pousser la Commission de la CEDAW à l’adopter formellement une recommandation générale pour les femmes et les filles autochtones en 2022. Ensemble, nous sommes plus fortes et pouvons donner vie à un monde sans racisme ni discrimination!  

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Application de la Convention 169 de l’OIT relative aux peuples indigènes et tribaux : Pour un avenir inclusif, durable et juste, Organisation internationale du travail, 2019 

2 Étude mondiale sur la situation des femmes et des filles autochtones produite dans le cadre du 25e anniversaire de la Déclaration et Programme d’action de Beijing, FIMI, 2020

MARCHER ENSEMBLE VERS LE CHANGEMENT

À l’occasion de l’événement virtuel « Marcher ensemble vers le changement », des Femmes leaders autochtones de différentes régions du monde ont partagé des stratégies et des propositions clés afin que leurs voix, leurs points de vue et leurs demandes soient affirmés dans une recommandation générale du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) sur les droits des femmes et des filles autochtones. 

Cette conversation, qui a eu lieu le jeudi 18 mars 2021, a été organisée par le Forum international des femmes autochtones (FIMI); MADRE; le Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies / Service des Peuples autochtones et développement / Secrétariat de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNDESA/IPDB-SPFII); et la Fondation Rosa Luxemburg-Stiftung (Bureau RLS de New York).

Dans son discours de bienvenue, Mme Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, a souligné l’importance d’avoir un instrument contraignant comme une recommandation générale du CEDEF pour permettre « d’influencer directement les politiques publiques nationales depuis le cadre international ». Dans le même ordre d’idées, Mme Gladys Acosta, présidente du CEDEF, a souligné l’importance que les droits consacrés dans un document arrivent vraiment à la vie des gens. À cette fin, le Comité a chargé un groupe de 15 experts de différentes nationalités de mener des consultations collectives et d’écouter les demandes des Femmes autochtones. De cette façon, on vise à créer une recommandation venant « du bas vers le haut ».  

En fait, la genèse de cette recommandation remonte à bien plus loin. Celle-ci provient d’un long parcours qui a vu des camarades autochtones travailler en réseau pour « réussir à attirer l’attention sur les questions à débattre », comme le précise Mme Mirian Masaquiza, agente associée des relations sociales du Département des affaires économiques et sociales (DAES) des Nations Unies et modératrice de l’événement. Ce processus de construction collective inclut d’ailleurs de plus en plus d’actrices. « Le FIMI assure la coordination entre les réseaux régionaux de Femmes autochtones de manière à élaborer une déclaration qui inclut tous les points de vue », explique Mme Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI et directrice du Réseau d’information autochtone.

Mme Gladys Acosta a présenté une proposition aux organisations de Femmes autochtones : qu’elles prennent les 16 articles de la Convention, qu’elles les lisent et en débattent dans leurs communautés, puis qu’elles transmettent leurs idées au Comité afin que celles-ci soient prises en compte dans chacun des articles. De cette manière, le « grand message » des Femmes autochtones pourra être transmis à « un monde qui est devenu désorienté, qui a perdu son lien avec la terre et les êtres humains, et qui privilégie la richesse comme une fin en soi », a commenté Acosta. « Et vous nous ramenez à ce qui compte vraiment, à l’essentiel », a-t-elle ajouté. 

À la recherche de l’intersectionnalité et de l’inclusion de voix diverses

Au cours du débat, les leaders autochtones participantes ont échangé leurs points de vue sur les questions clés qui devraient être incluses dans la recommandation. Pour commencer, toutes ont souligné l’importance de préserver la diversité des voix, y compris celles des Femmes et des Filles en situation de handicap et de la communauté LGTBI2S+. « Nous devons offrir une interprétation collective des droits pour les intégrer au CEDEF de manière holistique, avec une approche inclusive et intersectionnelle afin que rien de ce qui nous concerne ne soit fait sans nous », a déclaré Patrima Gurung, de l’Association nationale des femmes autochtones handicapées du Népal (NIDWAN pour son sigle en anglais).

De son côté, Mme Sara Mux, du collectif Ixpop, a insisté sur cette diversité de voix pour souligner l’importance de « l’égalité entre hommes et femmes et des femmes entre elles ». À cet effet, le CEDEF est un « instrument stratégique pour rendre visibles les multiples couches de discrimination et de racisme », a-t-elle ajouté.

La terre comme concept pour les Femmes et Peuples autochtones

Le concept de connexion avec la Terre Mère particulier aux Peuples autochtones est un autre des grands facteurs qui rendent particulièrement importante la présentation d’une recommandation générale spécifique, distincte de la recommandation sur les Femmes rurales, pour les droits des femmes et des filles autochtones. Comme l’a expliqué la jeune femme autochtone Sareya Taylor, de la White Mountain Apache Tribe, représentante de l’ECMIA Nord, « pour beaucoup de gens, la terre est simplement la terre, mais pour nous, Peuples autochtones, la terre est notre mère, elle nous soutient. Le respect de la terre est très important, car il s’agit d’une source de guérison ».

C’est ainsi que le contrôle des terres, des territoires et des ressources naturelles, qui dans les structures de pouvoir occidentales et dominantes se traduit par l’accès à la propriété foncière, représente un enjeu clé pour « garantir la prise de pouvoir économique des Femmes autochtones et réduire la pauvreté », a expliqué Mme Lucy Mulenkei. De même, Patrima Gurung a souligné que « la mainmise des États sur la terre représente un obstacle important dans nos vies, nous soumettant à une dynamique d’invisibilisation très difficile à surmonter ». 

Éducation et réduction des violences

L’éducation et la réduction des violences ont été d’autres grands thèmes de la conversation. D’une part, l’éducation est un outil fondamental pour améliorer la qualité de vie des Femmes et des Filles autochtones. 

D’autre part, Sareya Taylor et Mme Shilpa Pullela, vice-présidente du conseil de la Commission de la condition de la femme (CSW), ont montré à quel point les différents types de violence sont plus accentués pour les Femmes autochtones. En Australie, par exemple, les Femmes autochtones subissent 32 fois plus de violence qu’une personne non autochtone. 

Shilpa Pullela suggère de lutter contre les violences à travers des processus de consultation où les Femmes autochtones pourraient parler de ce qu’elles jugent important, sans programme imposé d’en haut, comme cela a été fait avec le rapport Wiyi Yani U Thangani.

Comme l’ont mentionné Mmes Pullela et Masaquiza pour clôturer l’événement, il est d’une importance vitale cette année que les fFemmes et les Filles autochtones continuent de se battre pour que leurs voix soient incluses dans la recommandation générale du CEDEF et dans la 65e édition de la Commission de la condition de la femme (CSW65). La COVID-19 a rendu cette tâche plus difficile, car de nombreuses communautés autochtones n’ont pas d’électricité, et encore moins d’accès à Internet. Cependant, les réseaux de Femmes autochtones du monde entier continuent d’exiger des États le respect de leurs droits individuels et collectifs et de pousser les organismes internationaux à adopter des lignes directrices pour créer un monde meilleur.

LES FEMMES AUTOCHTONES POUR L’ÉGALITÉ DE GENRE

La meilleure manière de décoloniser le monde est de ré-autochtoniser les espaces où on travaille pour arriver à l’égalité et à des conditions justes. Nous ne voulons être au-dessus de personne. Nous avons commencé cet événement en chantant, parce que de cette façon nous faisons honneur à tout ce que nous sommes. Nous avons remercié nos ancêtres, qui nous ont permis d’être là. Nous avons également commencé en reconnaissant les éléments spirituels, nous alliant ainsi à la force qui crée la vie pour pouvoir mener des conversations fructueuses.

En tant que Femmes autochtones leaders, nous avons partagé un espace de dialogue au sein du Forum Génération Égalité au Mexique pour unir nos voix et formuler des stratégies pour surmonter les défis structurels auxquels nous sommes confrontés à travers le monde. La rencontre, tenue le 30 mars 2021, a été organisée par le Forum international des femmes autochtones (FIMI) et a vu la participation de Femmes leaders autochtones représentant une vaste expérience locale, régionale et internationale. L’événement revêtait une importance particulière en raison de l’inclusion des voix des Femmes autochtones dans les actions de transformation qui émaneront du Forum pour arriver à une véritable égalité de genre.

En tant que Femmes autochtones, il y a longtemps que nous nous préparons et travaillons pour avoir une influence politique dans les espaces internationaux. Le FIMI et les réseaux régionaux (l’Enlace Continental de Mujeres Indígenas de las Américas [ECMIA], l’Alianza de Mujeres Indígenas de Centroamérica y México, l’Organisation des femmes autochtones africaines, le Réseau des femmes autochtones d’Asie et la National Aboriginal and Torres Strait Islander Womens Alliance du Pacifique) ont d’ailleurs mené un travail préparatoire lors de deux sessions préliminaires, afin de participer au Forum Génération Égalité avec un message clair faisant consensus parmi la diversité des voix. 

De plus, nous avons présenté cette position commune le 10 février 2021 dans le cadre d’un dialogue de haut niveau entre Femmes autochtones et autres acteurs et actrices clés, en collaboration avec Mme Yanerit Morgan, ambassadrice mexicaine. « Le Forum est un événement très important pour mettre en évidence les contributions des Femmes autochtones et les défis auxquels elles font face, du niveau local au niveau mondial », a souligné Sandra Creamer, leader du peuple Wannyi/Kalkadoon d’Australie et membre du Conseil d’administration du FIMI.

Le chemin parcouru depuis Beijing 

Tout ce travail de plaidoyer a été possible grâce à la voie ouverte par les Femmes leaders autochtones lors de la Conférence de Beijing de 1995. La quatrième Conférence mondiale sur les Femmes a marqué un moment historique, où « les Femmes autochtones du monde entier ont présenté pour la première fois une déclaration présentant notre manière de penser. Nous y avons émis une opinion d’envergure internationale », a expliqué Dialys Ehrman, leader autochtone du peuple Kuna du Panama qui a participé à la tente des Femmes autochtones à Beijing. C’est aussi à partir de ce moment que les organisations de Femmes autochtones ont commencé à prendre forme de manière plus articulée.

Depuis lors, « les Femmes autochtones ont revendiqué leur pouvoir et ont appris à négocier, à faire du plaidoyer auprès des organisations internationales, à préparer des documents, à mener des études et des recherches et à commencer à raconter leur propre histoire », a ajouté Ehrman. 

Défis structurels pour les Femmes autochtones

Cependant, les Femmes autochtones du monde entier continuent d’être confrontées à des inégalités structurelles qui nous empêchent d’exercer pleinement nos droits. Emily Lerosion, leader autochtone du peuple Samburu du Kenya et directrice et fondatrice de l’organisation The New Dawn Pacesetter, a décrit certains des enjeux clés. 

Pour commencer, il y a le droit à l’éducation. « C’est là que tous nos problèmes commencent ». Lorsque des mégaprojets se pointent dans les communautés, « en raison du manque d’éducation, en tant que Femmes autochtones nous n’avons pas les connaissances nécessaires pour nous opposer à ces projets », a expliqué Mme Lerosion en guise d’illustration. 

Le droit de parler et de s’exprimer sur ce qui nous touche directement est également fondamental. Adriana Uex, jeune leader maya et membre de la Coordination nationale de Femmes autochtones du Mexique (CONAMI), a lancé un appel voulant qu’on cesse de parler en notre nom et qu’on laisse place au leadership de la jeunesse et des Peuples autochtones. Elle a exprimé la volonté qu’ont les jeunes d’« être présents en tant que sujets de droit, et non à partir d’une vision paternaliste ». 

Adriana Uex a également plaidé pour une « participation effective » plutôt qu’une « inclusion palliative ». « La diversité des voix doit être reflétée dans la prise de décisions sur tout ce qui nous affecte. Dans un monde idéal, nous n’aurions pas à exiger tout cela, nous devrions simplement être reconnues comme sujets politiques et de droit », a-t-elle ajouté.  

À titre d’exemple, Emily Lerosion a mentionné les difficultés engendrées par l’absence de nos propres voix pour décrier les pratiques traditionnelles qui violent les droits des Femmes et des Filles autochtones. « En tant que Femmes, nous n’avons pas le droit d’opiner ni de nous opposer, et cela nous condamne à une position de victime. »

Les Femmes autochtones comme agentes de changement

Pour nous défaire de cette étiquette de victime qu’on nous impose comme Femmes autochtones, nous devons nous positionner comme agentes de changement. « Bien sûr que nous vivons des inégalités », a déclaré Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI, « mais cette étiquette nous empêche de voir que nous sommes capables de construire le changement et que nous continuerons à le faire. » Partout dans le monde, les Femmes autochtones se sont organisées pour faire face à leurs défis. « Nous avons créé nos propres organisations aux niveaux communautaire, régional et national. Cela nous permet de nous rassembler en groupe et de partager nos expériences et stratégies », a déclaré Emily Lerosion. 

Cette capacité organisationnelle, qui a été encore renforcée pendant la pandémie, a été l’une des contributions les plus précieuses des Femmes autochtones. Par exemple, Dialys Ehrman a souligné l’importance fondamentale du rôle des Femmes dans l’établissement du protocole COVID-19 dans la région autochtone de Kuna Yala, au Panama. 

Une autre des grandes contributions des Femmes autochtones dans ce parcours vers l’égalité a été l’idée que « l’enjeu n’est pas seulement celui des dynamiques de pouvoir entre les genres, mais qu’il touche à toutes les diversités », a expliqué Teresa Zapeta. Tant l’intersectionnalité que le concept de justice environnementale « sont des contributions des Femmes autochtones et sont maintenant des thèmes clés au Forum ». 

Mais pour que les mots deviennent des actions transformatrices, il est nécessaire que les Femmes autochtones continuent de lutter pour leurs droits en élevant leurs voix dans toute leur diversité.

LES FEMMES AUTOCHTONES FONT ENTENDRE LEURS VOIX AU FORUM GÉNÉRATION ÉGALITÉ

Plusieurs Femmes autochtones leaders ont participé à divers événements dans le cadre du Forum Génération Égalité, qui s’est tenu en mode virtual du 29 au 31 mars 2021. Les Femmes autochtones du monde entier ont pu faire entendre leurs voix, leurs revendications et leurs stratégies en participant à cette réunion mondiale aù allaient se décider les actions transformatrices à mener au cours des cinq prochaines années pour atteindre l’égalité de genre.

Les événements virtuels ont abordé des sujets comme le rôle des Femmes autochtones en lien aux changements climatiques, I’impact de la COVID-19, les différents types de violences et d´inégalités auxquels nous sommes toujours aux prises en tant que Femmes et Filles autochtones, et la direction que devrait prendre le mouvement fémeniste.

« Personne ne veut d’un mouvement fémeniste composé uniquement d’universitaires et de la haute société. Le féminisme s’articule dans la diversité, le dialogue », a déclaré Tarcila Rivera Zea, militante quechua et présidente du conseil d’administration du Forum international des femmes autochtones (FIMI-IIWF). C’est ainsi Femmes autochtones dans le plan d’action mondial pour arriver à l’égalité de genre.

L’importance d’une perspective intersectionnelle et décolonialisée dans le mouvement féministe

Tout au long du Forum, le mot qui a rassemblé les voix des Femmes autochtones a été I’intersectionnalité. « Pour L’après-Forum, le défi consiste à aller au-delà des discours pour vraiment appliquer une approche intersectionnelle », a souligné Myrna Cunningham, cofondatrice et vice-présidente de I’initiatice aitochtone pour la paix. « Le modèle colonial continue à se renforcer dans le monde. Si nous n’introduisons pas I’intersectionnalité, tout deviendra de plus en plus homogène », a-t-elle ajouté.

Au fil des années de lutte, les Femmes autochtones ont acquis des droits importants, en particulier en droit normatif à travers I’adoption d’instruments juridiques internationaus et nationaux qui font pression sur les États pour qu’ils adoptent des politiques concrètes.

Cependant, comme l’a commenté Norma Don Juan Pérez, de la Coordination nationale des Femmes autochtones du Mexique (CONAMI), « les progrès sont éclipsés par des politiques racistes et non intersectionnelles » qui continient d’alimenter de multiples violences contre les femmes autochtones. « C’est pourquoi nous devons transformer L’exercice du pouvoir », a déclaré Norma Don Juan. « Notre capacité à résoudre les problèmes doit être reconnue, et nous devons pouvoir être considérées comme sujets de droit capables de définir comment nous voulons matérialiser nos propres droits. »

Tarcila Rivera Zea a proposé quelques solutions pratiques pour donner vie à I’intersectionnalité et relever les défis spécifiques des Femmes autochtones. L’une d’elles consiste à impulser I’adoption d’une recommandation générale du comité de la CEDEF sur les droits des Femmes et des Filles autochtones.

II est également important de renforcer les possibilités économiques des organisations de Femmes autochtones en leur permettant de recevoir un financement de manière plus directe. Pour y arricer, il faut apprendre à confier en leur capacité à gérer les ressources, comme l’a souligné Monica Aleman, coordinatrice proncipale du programme BUILD de la Fondation Ford. Enfin, il est important d’élaborer des programmes complémentaires à cette intersectionnalité afin de ne laisser de côté aucun secteur de la société.

Les Femmes autochtones sont les meilleures gardiennes possible pour la Terre-Mère

Il existe in certain consensis autour du fait que les Femmes autochtones sont les plus touchées par les changements climatiques. Les mauvaises récoltes dues aux inondations et aux sécheresses extrêmes comprometternt les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire. « Le changement climatique est un cauchemar dans mom pays », a reconnu Hindou Oumarou Ibrahim, cofondatrice et présidente de I’Association des Femmes et Peuples autochtones du Tchad.

Mais en même temps, en tant que Femmes autochtones, nous nous positionnons comme porteuses de solutions. Dans la communauté, « ce sont elles qui assurent la transformation, qui connaissent intimement le climar et leur environnement et qui peucent donc proposer des solutions aux enjeux environnementaux. Elles devraient être presentes aux tables de négociation des plans nationaux », a ajouté Hindou Oumarou Ibrahim. Avec la crise de la COVID-19, par exemple, les pratiques de guérison, la spiritualité et la médecine traditionnelle ont été remises en valeur.

De plus, en tant que gardiennes et défenseures de la Terre-Mère, les Femmes autochtones insistent depuis longtemps sur « le concept de violence écologique et environnementale », qui a « remis en cause et élargi le concept des violences », a expliqué la leader autochtone nicaraguayenne Myrna Cunningham.

Pour les défis posés par les changements climatiques comme par la COVID-19, Lucy Mulenkei, vice-présidente du FIMI, a une recommandation: « Ne travailez pas seules. Nous devons travailler avec les garcons et les filles, avec les jeunes, avec les familles et les communautés. »

Les violences et les inégalités persistent contre les Femmes et les Filles autochtones

Bien qu’il y ait eu des avanc’ees importantes dans les codres réglementaires et juridiques spécifiques, et que ces avancées aient mené à l’élaboration de politiques et de programmes gouvernementaux de prévention de violences, il reste encore du travail à faire pour que leur mise en oeuvre transforme la réalité. Les Femmes autochtones, noires ou handicapées continuent d’être celles qui souffrent des plus hauts taux de mortalité et de criminalisation. « Le problème, ce sont les inégalités structurelles et économiques que génèrent les violences », a expliqué Elvira Constantina Pablo Antonio, du Réseau national des Femmes autochtones du Mexique.

D’après Adriana Uex, Jeune autochtone et membre de la Coordination nationale des Femmes autochtones (CONAMI), « le racisme et la discrimination sont les abstacles » manifestés par ces inégalités, qui se traduisent corps, ou encore les mariages pécoces.

Un autre type de violences qui affecte très fortement les Femmes autochtones est l’appropriation de territoires autochtones par des sociétés transnationales, situation aggravée par l’impunité et la violence des autorités publiques. « Nous devons présenter des réponses globales » dans une perspective « interculturelle et féministe », a recommandé Norma Don Juan Pérez, de la CONAMI.

D’après Sandra Creamer, directrice générale de la National Aboriginal and Torres Strait Islander Women’s Alliande et membre du conseil d’administration du FIMI, les entreprises et les États doivent être tenus de rendre des comptes. « Nous devons établir des normes internationales et nous articuler autour des conventions et des guides des droits de la presonne », a-t-elle déclaré.

Avec la pandémie de COVID-19, ces inégalités se sont aggravées. Les ultra-riches ont fait d’énormes profits et les écarts se sont creusés. « De nombreuses Femmes autochtones ont dû migrer des zones rurales vers la ville, où elles n’ont pas accès aux services », a expliqué Teresa Zapeta, directrice générale du FIMI.

Cela nous laisse avec « une situation complexe, où les progrès réalisés coexistent avec l’intensification des violences », conclut Norma Don Juan Pérez. C’est pour cette raison que les Femmes autochtones lancent un appel à l’action. Pour reprendre les mots d’Elvira Pablo, du groupe de travail Jeune Génération Égalité: « nous en avons assez d’entendre de belles paroles et des engagements qui ne mènent à aucune action concrète.
Le temps d’agir, c’est maintenant.